Article de Claire Fleury paru le 06/12/14 dans le Nouvel Obs Culture

Bientôt une suite de luxe dans le grenier Picasso ?

Claire Fleury

Publié le 06-12-2014 à 17h10

Le peintre a vécu et travaillé au 7 de la rue des Grands Augustins à Paris de 1937 à 1955. C’est là qu’il a peint Guernica. Mais le propriétaire veut le rentabiliser…
Le grenier des Grands Augustins au temps du Comité national pour l'éducation artistique (Cnea) (GINIES/SIPA)
Le grenier des Grands Augustins au temps du Comité national pour l’éducation artistique (Cnea) (GINIES/SIPA)

L’histoire et le « sauvetage » du grenier des Grands Augustins est un feuilleton à rebondissement aux protagonistes les plus variés. On y croise Louis XIII (il y fut proclamé roi en 1610), Balzac (qui y situe son roman «  »Le chef d’œuvre inconnu »), le metteur en scène Jean-Louis Barrault (oncle de Marie-Christine) qui fit du grenier un studio de répétition et un lieu unique de la vie intellectuelle et artistique d’avant-guerre (Sartre, Beauvoir, Prévert…) et Picasso bien sûr.

Expulsions à tous les étages

L’artiste espagnol y a vécu et travaillé de 1937 à 1955. C’est là qu’il peint Guernica – plus précisément à l’étage en dessous du grenier, plus haut de plafond. Après guerre, l’artiste s’installe sur la Côte d’azur mais continue de travailler aux Grands Augustins.

Mais en 1955, la Chambre des huissiers du département de la Seine, propriétaire de l’immeuble depuis 1925, le fait expulser. Le grenier reste à l’abandon pendant un demi-siècle. En 2003, il est enfin réhabilité et occupé par le Comité national pour l’éducation artistique (Cnea). En 2013, malgré les protestations, le Comité est à son tour expulsé…

La résistance alors s’organise grâce à Lucien Clergue, ami de Picasso. Les signatures de soutien affluent. Enfin le 13 mai 2014, la Commission régionale des monuments historiques vote à l’unanimité l’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques de la façade, la toiture, l’escalier et les deux derniers étages de l’immeuble.

Suite de luxe

Les avocats des huissiers n’avaient pourtant pas ménagé leurs efforts pour empêcher cette décision. Dans le procès-verbal de la Commission que « l’Obs » a pu consulter, l’un d’entre eux affirme même – au mépris de la vérité historique attestée par des témoignages et de nombreuses photographies, dont celle de Dora Maar, compagne de Picasso – « que le fait que Picasso ait traversé la pièce ne suffit pas à classer le lieu ».

L’inscription ne décourage pas pour autant la Chambre des huissiers. Le 5 août dernier, elle dépose une demande de permis de construire pour le groupe hôtelier Helzear. 30 chambres et suites devraient être aménagées dans l’immeuble, y compris dans les deux derniers étages. Les travaux auraient même déjà commencé…

Contacté par « l’Obs », le groupe Hezear n’a pas répondu à nos sollicitations. On se contentera donc de son site de réservations à Paris : « Nous considérons que le patrimoine culturel et historique de notre ville majestueuse doit rejoindre le désir d’émotion, de curiosité et d’actualité de nos visiteurs… », indique-t-il.

En somme, l’atelier de Picasso est digne de devenir une suite de luxe.

Claire Fleury

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