Hommage à Lucien Clergue

Lucien Clergue nous a quitté. Membre du CNEA depuis plus de vingt ans, nous lui devons beaucoup, et c’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris cette nouvelle. La célébration religieuse de Lucien se déroulera le 21 novembre 2014 en la Primatiale St-Trophime d’Arles à 15h. L’inhumation aura lieu dans l’intimité familiale. Le conseil d’administration du CNEA présente à Yolande, son épouse, et à ses filles, Olivia et Anne, ses plus sincères condoléances.

052

9 avril 2014, Lucien Clergue lors de l’inauguration du nouveau siège du CNEA, au groupe IGS

 

Mon bon

C’était un 18 septembre. Lucien, qui vous apostrophait toujours avec un « mon bon » aux accents d’amitié chantante, m’appelle: « On va faire un saut chez Dieuzaide…il n’a pas trop le moral…C’est son anniversaire. » Jean Dieuzaide, l’autre grand de la photographie, créateur en 1974 de la galerie du Château d’Eau, nous reçoit illico à Toulouse. Le voyage improvisé pour soutenir un copain se transforme, par la grâce de la complicité dans le talent, en un moment magique, et nos deux compères se tirent le portrait avec un appareil jetable.

C’était un 14 novembre: le Grenier des Grands Augustins est rouvert après un demi-siècle d’abandon, en présence notamment de Maya, Diana et Olivier Picasso, par son nouvel occupant, le CNEA, qui y organisera, avec le soutien constant de Lucien, de nombreuses expositions. Cette première est une fête de l’art et du coeur. Lucien rayonne: « Mon bon, je ne croyais que ce serait possible…Si Picasso voyait ça! Tu te rends compte, même Malraux n’a rien pu faire. » Le Grenier  pavoise de ses photographies: Picasso, bien sûr, mais aussi Jean-Louis Barrault et Manitas de Plata, l’ami commun présenté par Lucien à Pablo, et disparu il y a dix jours.

C’était un 26 mars. Le CNEA, expulsé par le président de la Chambre des huissiers, comme Picasso l’avait été soixante ans plus tôt, apprend que ladite Chambre a des projets qui n’ont rien à voir avec la conservation du patrimoine, et demande à Lucien de prendre la tête d’un Comité de soutien: « Mon bon, je suis chez le coiffeur. Prépare-moi un projet de lettre, et si ça me va, je la dépose à l’Élysée. » Quelques jours après, le Président de la République lui répondait le 15 avril en ces termes: “ce dossier doit être traité prioritairement. Aussi ai-je demandé…”. On connaît la suite!

C’était un 9 avril. Le CNEA, jeté dehors, inaugure son nouveau siège dans les locaux du Groupe IGS. Lucien est à bout de force, mais il fait spécialement le voyage depuis Arles pour l’occasion.

C’était le 10 novembre. Le Comité de défense des Grands-Augustins prévoit une conférence de presse à la Mairie du VI°. Lucien téléphone: « Mon bon, je vais à Montpellier, à l’hôpital, pour les analyses. Je ne crois pas que je pourrai être des vôtres le 13. Mais s’ils me laissent sortir, je ferai le maximum. »

C’est le 15 novembre, ce soir. Lucien, mon bon, est au paradis des photographes et des chics types.

Alain Casabona

Publicités