Article de Philippe Dagen paru le 07/11/14 dans Le Monde

Mobilisation pour le grenier de Picasso menacé par les huissiers

LE MONDE | 07.11.2014 à 09h33 • Mis à jour le 10.11.2014 à 21h19 |Par Philippe Dagen

Le peintre et sculpteur espagnol Pablo Picasso devant une de ces dernières toiles, le 13 octobre 1971.

L’atelier de Picasso sera-t-il transformé en hôtel de luxe ? C’est la menace qui pèse sur l’hôtel particulier parisien où l’artiste a peint Guernica sous l’œil de Dora Maar. Le lieu est aujourd’hui propriété de la Chambre des huissiers de justice deParis (CHJP), qui veut en faire une en résidence hôtelière de 25 chambres.

En 1937, Pablo Picasso habitait au 7, rue des Grands-Augustins, dans le 6arrondissement, dans un hôtel particulier. Il y a vécu les années de l’Occupation, modelé l’Homme au mouton, peint Guernica. Denise Colomb, Robert Capa, Brassaï et bien d’autres sont venus l’y photographier. Il n’a quitté les lieux qu’en 1955. Le bâtiment, dont la façade du XVIIsiècle reste intacte, a été inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques le 6 février 1926.

Un bâtiment protégé

En 2002, la CHJP avait signé une convention de mécénat avec le Comité national pour l’enseignement artistique (CNEA) : ce dernier a occupé le grenier où était installé l’atelier de Picasso, l’a restauré à ses frais, y a organisé des expositions, des concerts et des séances éducatives. Mais, en 2010, la convention d’occupation n’est pas renouvelée. Commence alors une lutte entre le CHJP et Alain Casabona, délégué général du CNEA, le CHJP s’employant à expulser les occupants du bâtiment.

Dans un premier temps, il a paru vaincu : la commission régionale du patrimoine et des sites d’Ile-de-France, présidée par le préfet de région, décide d’étendre la protection au titre des monuments historiques au deuxième étage et au grenier où Picasso a vécu et travaillé. L’arrêté est signé par le préfet le 18 juillet et notifié à la Mairie de Paris le 28 juillet.

 

Mais, entre-temps, le 3 juillet, le juge des référés a ordonné l’expulsion du CNEA. Et, le 5 août, la société Helzear, spécialisée dans les résidences « haut de gamme » à Paris, et le CHJP ont déposé une demande de permis de construire. Il programme de transformer le bâtiment pour en faire une résidence hôtelière de 25 chambres, avec mezzanines, duplex et modification de la façade.

Création d’un comité de soutien

La demande mentionne l’inscription de février 1926 mais oublie celle du 13 mai 2014, qui rendrait impossible l’opération immobilière. Le CHJP tire parti du retard pris par la publication au Journal officiel de cette décision. Ce qui fait écrire à Jean-Pierre Lecoq, maire du 6arrondissement, dans un courrier adressé au préfet de région : la Chambre des huissiers, « qui n’a jamais accepté cette procédure de classement (…), essaie de nous prendre de vitesse ».

Pour soutenir sa cause, le CNEA a créé un comité de soutien dans lequel Charlotte Rampling côtoie Jean-Noël Jeanneney, Michèle Cotta ou Jean Daniel. Ils font valoir qu’il serait peu compréhensible, alors que le Musée Picasso vient de rouvrir à grand bruit, que le seul lieu de création de Picasso à Paris resté à peu près en l’état soit détruit. Mécénat privé français ou étranger, reprise des lieux par un descendant de l’artiste : les signataires ne manquent pas d’idées pour faire obstacle au projet.

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