Lettre ouverte au Premier ministre et à la maire de Paris

Dès l’annonce de la procédure engagée à l’encontre du CNEA par la Chambre des huissiers de Justice de Paris, un comité de soutien s’est constitué en juin 2013. Ce comité, présidé par M. Lucien Clergue, président de l’Académie des Beaux-Arts, était animé par Mme Charlotte Rampling, M. Didier Lockwood, Maître Marc Bellanger et M. André Cardinali, dit Dédé de Montreuil. En quelques heures, de nombreuses personnalités ont exprimé leur soutien au CNEA et manifesté leur volonté de voir le Grenier des Grands-Augustins préservé dans sa vocation et rouvert au public. Que soient particulièrement remerciés: Jacques Delors, Michel Rocard, Jean-Jacques Debout, Jacques Séguéla, Jean-Michel Wilmotte, Bernard-Henri Lévy. Marie-Christine Barrault, Eugénie Bachelot-Prévert, André Bercoff, Pierre Cornette de Saint-Cyr, Michèle Cotta, Jean Daniel, Jean-Jacques Debout, Jacques Mailhot, Christine Géricot, Serge Moati, François Morel, Patrick Poivre-d’Arvor, Grâce de Capitani, Pierre Santini, Jack Lang, Cyrielle Clair, Jean-Pierre Mocky, Jean-Noël Jeanneney, Joël Martin (La Comtesse du Canard), Gilbert Grellet, Hélène Nougaro, Romain Lévy, Pierre Terrasson, Bernard Lavilliers, Rona Hartner, Nicoletta, Kate Barry, Raghunath Manet, Jean-Pierre Lecoq, François Marthouret, Rick Odums, Patrick Rotman, Nicolas Stavy, Hermine de Clermont-Tonnerre, Pierre Lescure, Pierre Arditi, Olivier et Yara Lapidus, Aimé Nouma…

À signaler également la réaction de Pierre Daix dans un article de La Croix: « Je suis absolument indigné des menaces pesant sur le Grenier des Grands-Augustins. C’est un lieu historique. C’est là, que Picasso a peint Guernica, mais aussi le Charnier. C’est là qu’il a passé toutes les années d’occupation avant de partir à la fin de la guerre dans le Midi. Il y revenait de temps à autre. Et c’est là encore qu’en 1949, il nous a montré à Aragon et moi des lithographies qu’il venait de réaliser, dont La Colombe, devenue l’emblème du Mouvement de la paix. Ce lieu doit être conservé… », celle de Carlos Saura » ll y a quelques mois, alors que je préparais mon film « 33 jours » sur Picasso, Dora Maar et l’élaboration du tableau « Guernica« , j’ai eu l’occasion de visiter l’atelier de la rue des Grands- Augustins où l’artiste a peint le « Guernica ». Ce fut un grand moment d’émotion. Je crois que ce lieu doit demeurer un lieu inaltérable, un centre de culte et d’admiration qui, en tant que Patrimoine de I’Humanité, mérite donc la plus grande attention de I’Etat français. ll n’est pas vain de penser que le « Guernica » est la plus formidable représentation « des désastres provoqués par la guerre », un tableau-affiche qui symbolise I’horreur et la violence de la guerre, malheureusement toujours présentes à notre époque, où les conflits belliqueux sont une menace permanente pour I’Humanité. Pablo Picasso est un peintre espagnol et français, un peintre universel et sans frontières. ll a passé la majeure partie de sa vie en France qui I’a toujours bien accueilli. C’est à Paris, dans cet atelier des Augustins que Picasso, en y réalisant le « Guernica », a vécu une des expériences les plus émouvantes de l’Histoire de la peinture. Cette structure de la rue des Augustins qui a accueilli le théâtre, la danse et la peinture, mérite d’être conservée et protégée comme étant le lieu !e plus emblématique de Paris « .Pour Erik Orsenna: » S’il est un lieu où la culture de la modernité a été créée, c’est les Grands-Augustins ! C’est par Guernica que j’ai appris ce qu’avait été la guerre d’Espagne et que j’ai compris certains enjeux qui ont meurtri l’Europe. Bafouer ainsi cette mémoire si précieuse est insupportable. De plus, et surtout, faire vivre des endroits où il y a eu création, cela donne envie de créer. Et la France et l’Europe ont besoin de lieux de création. Les Grands-Augustins doivent revivre « . Notons aussi le coup de gueule de Jean-Pierre Mocky: « … ça me fait doucement marrer de voir la polémique sur la réouverture de l’hôtel de Salé, et tout ça pour des histoires de personnes . Une chose est certaine, le musée va rouvrir. Une autre chose est certaine : si les ateliers des Grands-Augustins ne sont pas classés, ils risquent, eux,  d’être définitivement fermés au public… Et puis j’aimerai aussi qu’on pense au CNEA, viré par les huissiers à l’automne dernier. Sans le CNEA…  le grenier serait toujours aux oubliettes, et qui parlerait d’éducation artistique dans ce pays  ? « 

Les médias se sont largement fait l’écho de cette campagne, à la suite de laquelle un arrêté provisoire de classement a été décrété, protégeant le Grenier jusqu’au 13 juillet 2014. Apprenant que la Commission régionale du patrimoine et des sites devait se réunir le 13 mai 2014 pour décider du devenir du Grenier, et face aux menaces pesant sur ce lieu mythique, le CNEA a adressé la lettre ouverte suivante, postée par le média en ligne Opinion internationale, à Mme Anne Hidalgo et à M. Manuel Valls. Cette lettre a recueilli plus de 2 000 signatures qui ont été remises à leurs destinataires.

Monsieur le Premier ministre,

Madame la Maire,

Tous deux venez d’être élus et nommés à vos éminentes fonctions. Tous deux êtes nés en Espagne et avez choisi de vivre en France et à Paris. C’est également à Paris que Picasso peignit le plus important tableau du XXème siècle, Guernica, dans l’appartement, constitué des deux derniers étages, où il vécut de 1937 à 1955, 7, rue des Grands Augustins. A votre manière, vous êtes, Madame, Monsieur, des héritiers singuliers de Guernica et vos destins marchent sur les pas de Picasso.

Vous le savez, le Grenier des Grands Augustins est fermé au public depuis novembre dernier. En 2013, la Chambre des huissiers de justice de Paris, propriétaires de l’immeuble, en a expulsé le Comité national pour l’Education artistique qui, après avoir entièrement réhabilité en 2002 cet espace laissé en déshérence depuis l’expulsion du peintre, y a organisé des centaines d’expositions, concerts, lectures, et surtout accueilli des milliers d’élèves d’écoles, de collèges et de lycées dans le cadre d’ateliers pédagogiques. Toutes activités gratuites.

Selon nos informations, l’immeuble de la rue des Grands Augustins est menacé d’être transformé…en résidence hôtelière de luxe. Ce serait d’autant plus incompréhensible que l’un des héritiers du peintre était disposé à financer intégralement une Fondation qui aurait maintenu la vocation artistique de ce lieu mythique tout en satisfaisant les exigences financières des propriétaires.

Madame la Maire, Monsieur le Premier ministre, nous vous demandons solennellement d’user de votre pouvoir et de votre autorité pour instruire une procédure de classement en urgence du Grenier comme lieu de mémoire. Malgré les interventions du Président de la République, du président de l’Académie des Beaux-Arts, du précédent maire de Paris, du Conseil de Paris, du maire du VIème arrondissement et de très nombreuses personnalités, cette procédure n’a toujours pas été, à notre connaissance, activée. Pourtant, ce type de protection avait été engagé avec succès il y a quelques années pour préserver un célèbre restaurant des Champs-Elysées ! Nous savons que la commission régionale du patrimoine et des sites se réunira le 13 mai prochain pour décider d’une éventuelle extension de la protection de l’immeuble des Grands-Augustins. Il s’agit là de l’ultime chance de conserver ce lieu unique de l’histoire des arts.

Quel magnifique symbole ce serait si vous annonciez, au moment de la réouverture de l’Hôtel Salé, la préservation définitive du Grenier des Grands-Augustins, et son accessibilité au public.

Nous vous remercions de la bienveillante attention que vous pourrez porter à cette cause et nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, Madame la maire, l’expression de nos sentiments respectueux.

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